La ville appartient à ses habitants, et non l'inverse. À Helsinki, la nouvelle génération active tente de transformer la ville en un espace coloré et amusant en re-décorant les rues en plein jour.
"Tout ce qu'il faut savoir, c'est comment tenir une paire de ciseaux dans votre main " crie Timo Santala, alors qu'une dizaine de jeunes mecs assez déterminés essayent d'attraper un rouleau de scotch de leur couleur préférée.
Santala est la tête pensante du collectif We Love Helsinki, et organisateur du WLH Street Art Tour. Cet évènement s'est déroulé il y a une semaine dans le quartier chic de Punavuori. L'endroit, propre comme un sou neuf, est rempli de vieilles maisons de style Art Nouveau habitées par de riches familles au quotidien terriblement ennuyant. Comment vont réagir les habitants quand des douzaines d'artistes enthousiastes sans expérience aucune vont attaquer leurs maisons, armés de ciseaux, scotchs colorés, sitckers et peinture ?
" Est-ce qu'il y'a des trucs qu'on a pas le droit de faire ?" demande une jeune fille qui n'obtient aucune réponse. Le courage et le jugement des artistes sont les seules limites.
"On essaye pas de changer le street art mais plutôt la manière dont il est fait. Y'a pas de raisons que ça soit réalisé par un mec tout seul dans le noir, qui tague sur des vieux wagons de train ou des entrepôts. J'ai du respect pour les graffeurs, mais nous essayons de mettre le street art à disposition de tous." m'explique Santala.
Il pense que la plupart des participants ne seraient pas sorti dans les rues d'eux-même. Maintenant que la foule est plus importante, ils osent tous franchir le pas - des jeunes, des vieux, des familles et leurs enfants arrivent en courant.
Je m'aperçois que Santala a invité quelques artistes professionnels à se joindre à nous et inspirer les participants - même s'il semble que ces derniers n'ont pas vraiment besoin d'inspiration.
"J'ai encore rien prévu. L'idée nait en créant, t'as juste besoin de choisir un objet et commencer." me dit Sami Viljanto, un des graffeurs invité.
Bien sûr tout ça est interdit. Mais ça n'empêche pas les organisateurs de réaliser la performance en plein jour, un mardi après-midi ordinaire, un secret pour personne. Helsinki est assez réputé pour sa politique rigoureuse anti-graffiti et autres travaux artistiques dans les endroits publics. En 1998 la ville a commencé un programme appelé "Arrêtons les gribouillages". Traduisez par : tolérance zéro pour le graffiti, les dessins, peintures, posters et stickers dans les rues. Helsinki dépense un million d'euros chaque année pour effacer et nettoyer tout ce qui apparaîtrait sur des lampadaires, cabines électriques ou autres propriétés de la municipalité.
L'an dernier, alors que l'évènement était organisé pour la première fois dans le quartier miteux de Kallio, la police est venue jeter un coup d'oeil. Dès qu'ils ont réalisé qu'aucun mal n'était fait, ils sont partis - sûrement pour mettre un terme à un probable combat alcoolisé à Vaasankatu. Évidemment, le scotch et les stickers sont plutôt des matériaux faciles à enlever - pour ceux qui le voudraient. Mais qui veut détruire quelque chose d'aussi cool et inoffensif que ça, sérieusement ?
Quand les quelques 50 Edward-aux-mains-d'argent se mettent au travail dans un parc rempli de poubelles à verre, signalisations routière et bancs en bois, beaucoup de passants s'arrêtent pour regarder. La première réaction est parfois un peu hostile, la plupart pensent : " Si je ne suis pas autorisé à faire ça, alors ils n'ont pas de raison de l'être ". Mais quand l'idée devient un peu plus claire et qu'ils voient cet horrible tuyau de ventilation se transformer en un Monstre des Mers coloré, leur opinion tend à changer.
J'entends crier autour de moi "Continuez !", " On a besoin de plus de choses comme ça ! ". Au moins les artistes ont le soutien des habitants, si ce n'est la ville.
"J'adore le street art parce que c'est ouvert à tous, sans être pour autant commercial" me dit Hanna, la copine de Terhi, une des rares à utiliser la peinture. "Si on me demande, je dirai que c'est lavable à l'eau" rajoute-t'elle en se marrant.




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